La disparition programmée des orques et bien plus encore…

En Colombie-Britannique, province la plus à l’ouest du Canada, les scientifiques constatent depuis plusieurs années, le déclin de la population d’orques. Fausse couche, malnutrition, stress… Les orques souffrent de l’activité humaine.

La disparition programmée des orques
Crédit photo : ©Three shot / pixabay

Les orques souffrent de la… faim

De plus en plus de vétérinaires observent lors de missions de repérages et d’études des orques en sous-poids, émaciées, au comportement léthargique. Par ailleurs, près de 7 grossesses sur 10 des épaulards de cette région du monde ne parviennent pas à terme. La malnutrition de ces animaux marins due à la raréfaction du saumon, leur principale proie, est la première cause de ces phénomènes particulièrement alarmants.

Le manque de disponibilité du saumon est dû au torpillage des ressources halieutiques, mais aussi à la présence de nombreux barrages sur les rivières où les saumons viennent se reproduire. Certains barrages sont infranchissables, bloquant les poissons sur de longues distances. Rappelons que les saumons naissent en eau douce, puis migrent vers la mer et une fois parvenus à leur maturité sexuelle retournent vers leur lieu de naissance pour se reproduire.

D’autres barrages qui présentent des aménagements spécifiques avec des passages réservés pour les saumons se révèlent finalement être meurtriers pour ces poissons. La présence même de ces barrages créant de gigantesques « réservoirs » à saumon favorise l’arrivée et la prolifération de prédateurs qui avalent leur pitance en toute quiétude et facilité.

De même les eaux situées en amont et en aval de ces barrages sont devenues trop calmes et donc trop chaudes, menaçant ainsi les saumons habitués à des eaux plus fraîches. Ainsi la population de saumon a-t-elle grandement diminué au fil des années amorçant ainsi la disparition d’autres espèces dont les orques très friandes de ces poissons.

D’autres facteurs humains accentuent ce déclin inexorable

D’autres causes sont également avancées pour expliquer l’état de santé préoccupant des épaulards : le stress qui résulte de la multiplication des bateaux, la présence d’élevages intensifs de saumon ainsi que la pollution industrielle qui affecte faune et flore marines…

Des bateaux toujours plus nombreux

La présence de bateaux toujours plus nombreux, notamment les embarcations chargées de touristes venus observer les mammifères marins, représente une source de stress. La pollution acoustique due aux bateaux interfère avec la communication des cétacés et perturbe également leur capacité à localiser leurs proies (écholocalisation).

Non à l’élevages intensifs de saumon

Depuis des années se multiplient les élevages intensifs de saumon. Parqués dans des bassins de rétention, agglutinés les uns aux autres, nourris avec des granulés pas toujours très recommandables, gavés d’antibiotiques, les saumons d’élevage développent des pathologies spécifiques et contaminent les saumons sauvages alentours. Ainsi quand elle parviennent à se sustenter, les orques ingurgitent des poissons malades en raison de la présence de fermes piscicoles ou hautement contaminés en PCB et autres substances particulièrement toxiques en raison des rejets chimiques des industries locales.

Cet empoisonnement progressif des orques a des effets dévastateurs sur leur système immunitaire et engendre des malformations notamment au niveau des organes de leur système de reproduction.

Orques - Crédit photo : Skeeze
Crédit photo : ©Skeeze : pixabay

Des orques capturées pour les aquariums

Dans les années 70, près de 60 épaulards ont été capturés pour être placés en captivité dans des aquariums répartis à travers le monde. Le renouvellement attendu n’a pas eu lieu. Il resterait actuellement 80 orques résidentes dans cette région de l’océan Pacifique. Le ratio mâle-femelle est particulièrement déséquilibré (peu de femelles en âge de procréer) ce qui accentue encore le problème de survie de l’espèce. Par ailleurs ce décroissement est accentué par des caractéristiques physiologiques propres à cet animal. En effet les orques se reproduisent particulièrement lentement. La maturité sexuelle d’une orque en bonne santé est de 20 ans et sa période gestationnelle dure entre 15 et 18 mois. Difficile dans toutes ces conditions d’assurer la survie d’une espèce.

Une scène déchirante entre une maman orque et son bébé mort

Cet été les scientifiques ont observé pendant plus de deux semaines une scène particulièrement poignante entre une maman et son nouveau-né. La communauté scientifique se réjouissait de cette grossesse menée à terme et de la venue au monde de ce bébé orque. Malheureusement le petit n’a pas survécu. La maman épaulard n’a pu se résoudre à laisser couler le corps de son bébé.

Sur ce sujet voir la vidéo de Morgane Trussardi pour Brut nature :

Pendant 17 jours elle l’a porté à bout de nageoire ou sur son museau, remontant inlassablement son corps à la surface de l’eau. Les observateurs redoutaient qu’elle ne s’épuise et meurt à son tour de fatigue.

Après 17 jours et plus de 1600 km parcourus en mer, la maman a enfin accepté de laisser partir le corps de son enfant dans les profondeurs sombres de l’océan… L’autopsie du bébé orque permettra de déterminer la cause de son décès prématuré. Pendant toute cette période la maman orque, qui n’a pu chasser pour se nourrir, a été aidée, prise en charge par ses congénères. Des scientifiques attestent même avoir entendu des chants qu’ils n’avaient jamais entendus jusqu’à présent de la part de ces mammifères marins. De là à imaginer des chants funéraires…

Des éthologues (spécialistes des comportements des animaux) attestent que de nombreuses autres espèces animales adoptent la même attitude à la mort de leur bébé, refusant de se séparer de sa dépouille. Dans le cas présent, la volonté acharnée de la maman orque reste une exception notoire.

Que faire pour éviter que les océans ne se vident ?

Initialement présentes dans toutes les mers du monde, les orques fuient désormais les zones polluées et ont disparu ou presque de certaines zones (mer du Nord, eaux espagnoles, japonaises, brésiliennes, britanniques…). Elles migrent vers des eaux moins souillées par les PCB et autres cadeaux empoisonnés des hommes. Pour rappel les PCB sont interdits depuis plusieurs années dans plus de 150 pays, cependant leur présence dans les eaux est encore massive et ce pour de nombreuses années encore. Certains biologistes prédisent la disparition totale de ces mammifères marins des zones industrialisées d’ici 30 à 50 ans puis à terme leur extinction.

Bien évidemment les orques ne sont pas la seule espèce en voie de disparition dans les mers et sur terre. Chacun sait que l’éradication d’une espèce animale ou végétale constitue un drame pour la planète, mais bien souvent l’ignorance et l’indifférence l’emportent. La perte de la bio-diversité ne semble pas faire recette. Pourtant la disparition des espèces (végétale et animale) atteint un rythme historique sans précédent depuis l’apparition de la vie sur la Terre.

Nous nous trouvons dans une période d’extinction massive, mais les scientifiques qui nous interpellent ne sont guère entendus. Les principales menaces sont : la destruction-dégradation de l’habitat (notamment la déforestation), la surexploitation, la pollution, les maladies…

La plupart d’entre nous sommes de bonne volonté, mais des phrases sournoises et pernicieuses viennent prendre le dessus : « à notre niveau on ne peut rien faire », « si je change c’est une goutte d’eau donc cela ne changera rien « , « c’est aux hommes politiques d’agir, nous on n’a pas de pouvoir »… Détrompez-vous, à notre niveau nous pouvons agir efficacement, durablement car en tant que consommateurs nous détenons une arme efficace, puissante et nous pouvons inciter les industriels à modifier leurs pratiques, à évoluer.

  • Changer nos comportements alimentaires semble être une des mesures d’urgence à prendre dans les plus brefs délais. Devenons végétariens ou a minima flexitariens (viandes et poissons une à deux fois par semaine), nourrissons-nous de produits issus de l’agriculture biologique, c’est toujours mieux pour notre santé et celle de la Terre.
  • Changer notre mode de consommation : toujours plus, toujours mieux, toujours plus vite… Revenons à une consommation raisonnée, éclairée, écologique, solidaire. En un mot, une consommation bonne pour la planète et tous ses habitants vivants, les hommes et les animaux.

Alors qu’attendons-nous pour que notre planète redevienne un lieu de vie pour tous et non plus un lieu de désolation, de mort programmée ?

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Virginie
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